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Une force mentale à l’épreuve dans la vie pro

29 Avr

A première vue j’ai un boulot qui est en désaccord avec mes convictions profondes. D’un premier abord je dirais seulement, car au delà de la vision de l’on a de ce métier, associée au vendeur de boite, j’ai pu vraiment donner à mon boulot le sens que je voulais lui donner. Chaque jour est une vraie richesse et je mets beaucoup de coeur dans la richesse de l’échange humain qui se crée.

Oui c’est sur c’est loin d’être partout comme ça, et je l’ai vu par moi même, quand j’ai été dans d’autres pharmacies, mais de l’autre côté que celui du comptoir.  Parfois les gens sont expédiés.

Pour ma part c’est vrai je pourrais pas travailler en pharmacie de centre commercial,c’est un travail à la chaine qui ne me correspond pas du tout, on y perd beaucoup du côté humain. Je préfère de loin le rural, ou les petites structures où on trouve vraiment cette notion de proximité.

C’est vrai que le lien humain, l’échange humain, en y mettant beaucoup d’amour est quelque chose de primordial à mes yeux. Et c’est une qualité que tous mes patrons ont noté chez moi.

Et il y a quelque chose dont on n’a pas forcément conscience c’est l’importance du rôle psycho- social dans ce boulot et un rôle qui devient de plus en plus important. Un rôle auquel on n’est pas préparé, et si tu prends tout sur toi, tu morfles mais grave. Après oui cela dépend dans quelle type d’endroit on bosse, car ce n’est pas valable dans toutes les pharma, quand le patient est expédié oui on a pas ce côté du boulot. C’est vrai que de ce côté j’ai énormément de chance parce que je suis énormément dans l’écoute, et que je ne prends pas sur moi ce que j’entends dans mon travail, car il y a des trucs c’est du costaud. Empathie et non sympathie. L’autre jour on avait une stagiaire au boulot, elle n’a jamais bossé, et je lui ai dis clairement « Essaies vraiment de bosser en pharma avant la fin de tes études car tu vas morfler lourd ». J’ai préféré être honnête avec elle, car c’est vrai cela dépend ce que tu veux dans le métier. Mais arrivé au comptoir c’est loin d’etre le monde des bisounours.

Moi c’est vrai que j’ai beaucoup cet échange humain, et que les patients me vident assez facilement leur sac.  Aussi lourde soient les choses que j’ai entendu, je suis toujours restée à l’écoute et c’est vrai que mes patients me remercient régulièrement pour mon écoute. Après moi je n’y peux rien c’est ma nature et je peux pas trop faire autrement.

Des patients chieurs on en a, et plus d’un. Et je vais vous donner deux exemples. Mon ancien boulot, une dame fonctionnaire (j’ai rien contre les fonctionnaires mais celle là c’était un cas) qui arrivait toujours à la pharmacie avec son agenda sous le bras, toujours en train de nous dire qu’elle était débordée, qu’elle n’avait pas le temps, que le matin elle commençait.  Toujours à se plaindre etc, mais elle finissait sa journée à 16h. Un jour je lui ai dis mais vous savez nous ici on finit à 20h, et parfois je ne suis pas chez moi avant 21h. Cela l’a un peu calmé, j’ai pas pour habitude de dire ce genre de chose, mais elle c’était un cas de chez cas. Donc cette petite dame un beau jour elle arrive avec son décompte de remboursement, je lui explique tout, je lui décortique tout de A à Z.Elle me dit que c’est bon c’est ok elle a compris, et me remercie. Sauf que un mois plus tard elle revient avec cette même feuille et me redemande exactement la même chose. Juste à 20 m il y avait mon patron avec un commercial, ils ont observé toute la scène. Donc j’ai tout recommencé mes explications, en prenant une démarche différente, j’ai passé 40 min au comptoir avec la dame, elle cherchait l’aiguille dans la botte de foin, c’était vraiment tiré par les cheveux.  Donc elle a finit par comprendre, puis a rangé ses affaires et c’était fini. Mes collègues elles me regardent et passent le doigt sur le front, le commercial et mon patron observait tout et là le commercial il me sort « Respect parce que là moi j’aurai abandonné ». Mon patron qui me sort à son tour « Très bon exercice de self control, et je pense que vous en sortez largement gagnante, votre patience au comptoir n’a pas finit de m’impressionner, belle médaille de self control. »

Un autre cas, à mon boulot actuel, on a une dame, ce n »est pas de la rigolade, et mes collègues n’en peuvent plus. La dernière fois c’est moi qui l’ai prise, et je l’ai bien cadré, elle est quand même restée une heure à la pharmacie, (elle est big chronophage cette patiente ) et là ma patronne qui me sort  » et ben dis donc vous l’avez bien cadré et je pense que vous l’avez bien remis sur les rails, et je pense qu’on verra la différence ».

Mais des chieurs c’est clairs on en a, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut perdre le respect, et il faut rester aimant pour le patient. Et cela tout le monde n’y arrive pas. Je vois à mon ancien boulot, il y a avait une patiente que mes collègues ne voulaient plus servir (la dame de l’exemple plus haut), si elles n’avaient pas le choix elles le faisaient oui, mais si on était derrière et qu’il n’y avait personne quand cette dame arrivait c’était garantit que c’était moi qui la serve. Moi cela ne me dérangeait pas, car elle était chieuse mais si on savait la prendre elle pouvait être gentille.

Donc le patient chieur ce n’est qu’un seul des aspects. Mais au delà et c’est qui est je trouve très riche, c’est ce que les patients peuvent nous dire. Et là parfois il faut être fort.  Moi j’ai des gens qui m’ont confié de ces choses, (en espace de confidentialité) . Je sais parfaitement que dans la profession tout le monde n’accepte pas que l’échange aille en profondeur. Ce n’est pas une évidence pour tous.  Il y a des patients pas simple par exemple la prise en charge des toxicos, et ça il faut mettre beaucoup d’humains dans l’échange, alors que le réflexe de nombreuses personnes est d’éviter au max le dialogue avec eux . Pour ma part je n’ai jamais eu de problèmes avec eux, et bien au contraire. J’ai souvenir d’une patiente que je suis allée  livrer, et là elle n’était pas bien, j’ai été une heure chez elle, et elle m’a vidé son sac, mais un truc de ouf sur ce qui la conduit là, et à la fin elle me dit, ce que je viens de dire là c’est la première personne à qui je le dis, je n’ai jamais pu le dire à ma psy, mais toi tu m’as inspiré confiance. Là tu te dis ouh put***, tu prends une grande respiration,et tu prends une bonne bouffée d’air avant de rejoindre le boulot. Une autre fois, un toxico qui a pété son câble à la pharmacie, il a failli en venir au main, et là pour là première fois j’ai levé la voix sur un patient, et là il me sort  » ce n’est pas contre toi, parce que toi au moins tu es gentille et tu me respectes, ce n’est pas comme ta collègue », donc situation pas évidente à gérer, et en lui parlant j’ai réussi à le calmer et c’était au risque de me payer un coup. Autre exemple l’autre jour j’en ai eu un il était pas beau à voir, et en plus il vient chez nous alors qu’il habite à l’autre bout de la ville,  donc moi je lui demande pourquoi il va pas au plus près et là il me sort « ben au moins ici je sais que j’ai le sourire et qu’on ne va pas tirer la tronche en me voyant ».  Et c’est le genre de truc très fréquent où il y a un manque de respect.

Autant j’ai entendu des trucs lourds autant je n’ai jamais pris sur moi, et j’arrive à faire le vide. Je crois par contre que la chose la plus dure, cela a été une dame que j’ai pris à part, car elle a commencé à fondre en larme au comptoir donc je lui ai demandé si elle voulait parler, et là un cas de schizophrénie, le truc ça m’a retourné de l’intérieur.  Et cela m’a bien chamboulé. Et franchement j’apporte tout mon soutien à toute personne qui doit vivre cela de près ou de loin, car cela peut être rude, là c’est que ce n’était pas de la demi mesure. J’ai été chamboulée sur le moment et toute la soirée. Mais j’ai des collègues notamment à la fac qui ne se remettent pas de ce genre de chose, et qui du coup ne veulent surtout pas avoir cela à vivre. Et ça je comprend car c’est loin d’être évident, faut tenir.

Je vois l’autre jour, on avait eu une semaine de taré, des trucs lourds dans tous les sens, des cancers à gogo (on fait beaucoup d’accompagnement en phyto sur ce genre de patient ), je ne sais pas ce qui c’est passé cette semaine là, et là fin de semaine, je discutais avec ma patronne  » Sabrina vous avez un mental énorme, franchement c’est une force pour vous, gardez bien cela en vous, vous êtes la première personne qui vient à l’officine avec une telle force intérieure, autant de positivisme, mais franchement c’est une immense qualité. « Ce n’est pas pour me vanter que je dis ça, ma patronne elle m’a prise un peu de court.

Ce rôle psycho social il est de plus en plus important, cela fait 7 ans, même 9 ans (en comptant mes deux années d’apprentissage de BP, car j’ai le double diplôme, je sais ce n’est pas courant du tout, j’ai un parcours assez atypique, mais c’est comme ça et c’est tout ) et je peux vous assurez que les gens vont de plus en plus mal. Et à la fac je peux vous garantir qu’on est guère préparé à tout cela et pour certains face à la réalité c’est une claque.

Alors oui la vision de mon métier va bien au delà de la simple vision que l’on a généralement de cette profession. J’aime mon travail et il m’apporte beaucoup au quotidien. Après c’est sur j’avais ma vision de mon métier et la façon dont je voulais l’exercer et j’ai mis les choses en places car me mettre dans un moule cela ne m’intéresse pas. Et non je suis désolée ce n’est pas un métier qui consiste à vendre des boites, c’est un métier qui va bien au delà.  Un métier qui me donne beaucoup au quotidien. Dans un moment où on est en pleine remise en question de la profession, l’avenir n’est pas certain ,pour ma part je reste très confiante dans l’avenir de part ce que je récolte dans ma vie professionnelle.

 
4 Commentaires

Publié par le 29 avril 2013 dans Relation aux autres

 

4 réponses à “Une force mentale à l’épreuve dans la vie pro

  1. Aurélien

    29 avril 2013 at 1111 02

    Ces gens prennent enfin le temps d’une pause dans une vie où la devise « Marche ou crève » est en permanence rabâché par nos médias puis par nous-mêmes, et ils craquent ?
    Ce doit être d’autant plus triste venant des aïeux, qu' »on » n’a de cesse de mépriser. Quand il n’y en aura plus aucun, la civilisation sera totalement perdue. De même que la culture de l’agriculture (tautologie, c’est pour insister sur le concept) s’est évanouie à cause de 50 ans de Monsanto.
    Si l’autre devient un danger car « source de concurrence », la vie en société n’est plus possible. Mais, héh, Tatcher ne disait pas : « il n’y a pas de société, juste un ensemble d’individus » ? Et tous les pays, au moins occidentaux, la bénissent elle et les fumiers de Chicago.
    Je reste optimiste mais mon Dieu, qu’adviendrait-il si on ne s’informait pas…

     
    • indiantigre

      1 mai 2013 at 1604 01

      s’accorder une pause comme tu dis,
      et voilà toute la raison de s’informer, mais à condition d’aller chercher l’info là où elle est et non celle que les médias tentent de nous donner

       
  2. Frédéric

    29 avril 2013 at 1604 12

    Magnifique témoignage. Tu as beaucoup de chance de faire ce qui te correspond ; je suis stagiaire dans un cabinet d’avocats d’affaires, et je peux te dire que je ne m’épanouis pas du tout… Donc je vais changer de voie. Merci pour tes écrits !

     
    • indiantigre

      30 avril 2013 at 808 32

      je te souhaite vraiment de trouver un travail où tu seras épanoui, ose le changement
      très beau chemin à toi

       

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